Marcel Alocco
Marcel Alocco

Marcel Alocco

Marcel Alocco est né à Nice en 1937, ville qu’il n’a jamais quittée et qui a profondément nourri son imaginaire artistique. Très tôt, il s’oriente vers les lettres et suit des études de littérature moderne à l’université d’Aix-en-Provence. Cette formation marque durablement son rapport à l’art : chez lui, l’écriture et l’image ne seront jamais séparées. Revenu à Nice au début des années soixante, il s’inscrit dans l’effervescence artistique de l’École de Nice, un mouvement collectif qui remet en cause les formes traditionnelles de l’art et privilégie l’expérimentation. Alocco participe au mouvement Fluxus, où l’art se confond avec la vie quotidienne, le geste et l’idée prenant souvent le pas sur l’objet fini. Il fréquente des artistes tels que Ben, Arman ou Robert Filliou, et partage avec eux le goût de la provocation intellectuelle et de la remise en question des conventions. Ses premières œuvres sont souvent conceptuelles : bandes-objets, assemblages, tiroirs remplis de fragments et de souvenirs, où la mémoire et le hasard jouent un rôle essentiel. Très vite, son travail se concentre sur la relation entre le langage et l’image. Il développe ce qu’il nomme une « idéogrammaire », une recherche plastique où les signes visuels dialoguent avec l’écriture. Pour Alocco, toute peinture est déjà une image, mais aussi une pensée en action. À la fin des années soixante, il abandonne la toile classique pour travailler sur des draps de lit, supports fragiles et chargés de quotidien, qu’il peint, plie et transforme. Ce choix du textile marque un tournant décisif dans son œuvre. À partir de 1973, il entame la série majeure des *Fragments de la Peinture en Patchwork*. Il peint le tissu, le découpe, le déchire, puis le recoud. Le geste de couture devient un acte artistique à part entière, mêlant destruction et reconstruction. La peinture n’est plus une surface continue, mais un ensemble de fragments assemblés, porteurs de traces et de ruptures. Cette démarche sera saluée par de nombreux écrivains et critiques, notamment Michel Butor. Dans les années quatre-vingt, Alocco pousse encore plus loin cette exploration en inventant le « détissage ». Il enlève des fils de la toile peinte, créant des vides, des déplacements de matière et de couleur. L’image se transforme, se fragmente, semble en mouvement. La frontière entre peinture, sculpture et textile s’efface progressivement, laissant place à une œuvre hybride, à la fois sensible et conceptuelle. Fasciné par les origines du geste artistique, il s’intéresse aux techniques archaïques du tissage et à leurs significations symboliques. Dans les années quatre-vingt-dix, il réalise des œuvres d’une extrême finesse, utilisant parfois le cheveu comme support et matière. Ces miniatures tissées témoignent d’une réflexion profonde sur la naissance de l’image et sur la fragilité de toute construction artistique. En 1999, Marcel Alocco décide de suspendre son travail plastique pour se consacrer pleinement à l’écriture. Il a toujours écrit : poèmes, essais, romans, et dirigé des revues littéraires telles qu’*Identités* et *Open*. En 2003, il revient à la peinture avec un regard renouvelé, poursuivant ses recherches autour du détissage, de l’ikat et du dessin enfantin, qu’il considère comme une forme originelle de création. Son œuvre a été exposée en France et à l’étranger, et figure dans de nombreuses collections publiques, notamment au Centre Pompidou et au MAMAC de Nice, qui lui a consacré plusieurs expositions. Marcel Alocco est aujourd’hui reconnu comme une figure majeure de l’art contemporain français. Son travail, à la croisée de la peinture, de l’écriture et du textile, interroge sans cesse les limites de l’art et invite le spectateur à repenser la notion même d’image.

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