Bernard Hejblum est né à Paris le 13 décembre 1931, dans une famille d’origine polonaise marquée par les bouleversements tragiques du XXᵉ siècle. Son enfance est profondément affectée par la Seconde Guerre mondiale : son père est arrêté et déporté, et Bernard devient un enfant caché. Il passe plusieurs années dans une ferme des Landes, où il travaille dur, garde les animaux et apprend à vivre au rythme de la nature. Cette période, faite de solitude mais aussi de liberté sauvage, laisse une empreinte durable sur sa sensibilité et sa vision du monde.
Après la guerre, il retrouve ses parents, revenus des camps, mais les blessures sont profondes et les relations difficiles. Ce sentiment de décalage, d’enfermement intérieur et de rupture avec le monde ordinaire l’accompagnera toute sa vie. Devenu adulte, Bernard Hejblum s’installe dans le sud de la France, notamment à Nice. Il travaille d’abord dans la confection, puis devient marchand de tableaux, ce qui lui permet de fréquenter le milieu artistique et d’affiner son regard.
C’est tardivement qu’il s’engage pleinement dans une démarche artistique personnelle. Il ne se définit pas comme un sculpteur classique, mais comme un créateur d’objets porteurs de sens. Son œuvre la plus emblématique repose sur l’utilisation de cages métalliques abandonnées. Il les écrase, les aplatit, les déforme, transformant ces objets d’enfermement en formes nouvelles, libérées de leur fonction première.
Ce geste est profondément symbolique. En détruisant la cage, Bernard Hejblum affirme un refus de toute oppression et fait de l’art un acte de libération. Chaque œuvre porte la trace d’un combat intérieur, d’une volonté de briser les contraintes, qu’elles soient physiques, sociales ou psychologiques. L’artiste a souvent expliqué que ce travail l’aidait à apaiser sa propre angoisse de l’enfermement, héritée de son histoire personnelle.
Ses sculptures dégagent une grande force émotionnelle. Elles ne cherchent pas à séduire, mais à provoquer une réflexion. Le métal tordu, aplati, parfois violent dans son apparence, devient un langage visuel chargé de mémoire et de résistance. Le spectateur est invité à reconnaître ses propres cages intérieures et à s’interroger sur les limites qu’il accepte ou subit.
L’écriture accompagne également la démarche de Bernard Hejblum. Il écrit pour témoigner, pour comprendre et pour transmettre. Son œuvre, à la croisée de l’art et de la mémoire, rappelle que la création peut être un moyen de survie, de reconstruction et de liberté. À travers ses sculptures, Bernard Hejblum laisse l’image d’un artiste profondément humain, pour qui l’art n’est jamais décoratif, mais toujours porteur de sens, de mémoire et d’espoir.